Le Veyron, un endroit de rêve...à l'étage supérieur de ce sec, entre 20 et 30m de profondeur, dans le réseau entre les voutes, les grottes, les galeries, les couloirs, les cheminées, les boyaux, les ouvertures, les arches, les puits de jour, les passages sont tellement aisés, facilités par l'eau, en tous sens... que les plongeurs en reviennent, avec un peu plus de lumière encore dans les yeux que celle de la seule plongée... poursuivis par toutes les rêveries et les délires, habités par la conviction d'une présence humaine archaïque disparue de ce lieu désormais parcouru par les poissons...( des lieus noirs, par là?)


Cette disposition horizontale et verticale aérée traduirait-elle, par la " taille humaine " de son architecture, qu'elle ait été taillée de main d'homme, entièrement ou en partie, ou que l'homme y ait mis la main?

Au point que Pierre Vogel, ( le Vieux Plongeur en personne) y ait découvert une " cité engloutie", son" Atlantide " dans les années 80 ?


- Et bien... non... et oui ! L'artisan du dessin de cette " architecture " est l'eau, qui a érodé ce calcaire urgonien...

- Ah ! La mer, toujours recommencée ?...

- Non, l'eau douce, l'hydrologie, l'érosion par l'eau de pluie, les ruisseaux souterrains, et ensuite, mais bien longtemps, après une remontée de 120 mètres de son niveau à la fin de la dernière grande glaciation, la mer, son érosion et ses courants suffisent à expliquer ce résultat, selon Jacques Collina-Girard...

- Et pourquoi oui, alors ?

- Que l'homme y ait mis la main, au temps où il y mettait les pieds, quand c'était émergé, utilisant un abri inespéré à cet emplacement élevé pour surveiller l'arrivée des rennes ou la course des chevaux, sans le modifier notablement faute d'outils en capacité de le faire, les paris sont ouverts... Qu'il y ait campé, guetté, mangé, dormi, rêvé, très probablement quoiqu'il n'y ait encore aucune certitude à cette conjecture, dont la consistance a été considérablement raffermie par la découverte de grottes habitées, celle des Trémies, près de Cassis, puis encore plus près, celle d'Henri Cosquer, désormais célèbre, décorée de gravures rupestres entre - 27 000 et - 19 000 ans, située à une vingtaine de kilomètres dans l'est-nord-est et au même niveau à une vingtaine de mètres près, mais il importe que ce soit de part et d'autre de celui actuel de la mer : comment y retrouver trace d'un art humain dans le palimpseste entre les couches d'art parasite, la science ne le permet pas encore, mais peut-être l'étude des maigres sédiments sur place ou alentour nous éclairera un jour...

Mais voilà que le rêve du Veyron repart en vitesse avec les chevaux de la dernière Bugatti...






Dans le monument bâti patiemment par les coraux, demeure la trace squelettique de la complexité organisée des circulations de la vie dans leur société, qui va bien au delà de celle d'une matière restée inanimée.


Le trésor de l'île au trésor ? Le trésor, c'est l'ile... véritable architexture gravée en plusieurs dimensions, de la trace, du souvenir, et d'une partie de la mémoire de cette organisation, le monument n'est pas juste couvert d'inscriptions, ne renferme pas seulement quelques corps momifiés, sous des tonnes de pierres plus ou moins appareillées, tel un cairn ou une pyramide, il est une mémoire de masse tridimensionnelle de la vie...